/// CHRONIQUES
Date d'ajout : 26-11-19

BAGARRE – « 2019-2019 »

Groupe à part sur la scène française, les parisiens forment un tout non dissociable où les décisions se prennent de façon démocratique. Il n’y a pas chez BAGARRE de rôles prédéfinis, tout le monde fait tout, tout le monde participe dans une approche démocratique et partagée. Le résultat est une musique extrêmement jouissive et percutante qui nous entraine dans un ensemble de titres tous plus punchy les uns que les autres. Travaillant une matière électronique violente et toujours engagée Bagarre décrit sur ce nouvel album « 2019 – 2019 » un monde complexe sans fioriture. 

BAGARRE - "2019-2019" : La chronique

Dès « OLA OLA » le ton est donné. Dénonçant le droit de manifester dans une electro bruyante et puissante, les parisiens renversent de suite la table en quelques mesures. Le quintet aime s’engager dans des titres toujours plus entraînants, dénonçant des comportements avec un sens de l’époque rare. Une fois de plus, les français tapent dans le mille mettant sur pied un titre proteiforme. 

Tout chez BAGARRE, décrit un état des lieux assez sombre d’une génération qui ne se fait plus d’illusion sur son futur et sur le rôle de chacun. A l’image de cette époque qui ne tourne pas rond, le groupe synthétise dans des titres comme « AU REVOIR A TOUS » ou « ULTRA VIOLENCE » la violence présente un peu partout. Techno piquante,  textes sans ambiguïté, typographie capitale, design douteux, tout chez Bagarre vient nous rappeler comme un miroir une société ultra violente, inégalitaire dominée par une consommation à tout les étages. On se laisse entraîner dans cette fuite en avant qu’ils dessinent avec beaucoup de pragmatisme dans une instrumentation tranchante et vive qui fonctionne à plein tube.

Avec cette fois Mus en lead vocal, BAGARRE prouve une nouvelle fois sur « KABYLIFORNIE » sa capacité à produire des tubes d’une clarté imparable. Sur un background implacable aux accents arabisants conçu par le très bon Vladimir Cauchemar, Mus déclare sa flemme à l’Algérie de ses parents tout en gardant sa vision occidentale. Musique frissonnante qui de suite nous emporte dans une émotion pleine et entière, BAGARRE touche du doigt la perfection sur un titre mélangeant les sonorités arabisantes avec une électro rap excessivement prenante. Ensoleillée pour une fois, la musique de BAGARRE nous étonne une nouvelle fois. On est comme happé par ce titre aux accents orientaux et à l’approche occidentale. 

Les instrumentations sont exceptionnelles de finesse et de puissance. Ce qui pourrait n’être qu’une pop mièvre « CŒUR = MIEVRE » devient dans les mains de BAGARRE un titre à l’électronique ébouriffante qui nous entraine dans une musique aspirante et diablement addictive. Jouant avec les codes du rock et de la pop, BAGARRE se découvre capable d’un morceau grand public avec un sens de la mélodie superbe. Abordant la perte de repère des jeunes concernant les relations humaines, les français touchent du doigt une réalité avec une simplicité désarmante. Véritable hymne, ce titre fini par nous achever grâce à une ligne instrumentale à tomber, puissant à souhait nous transportant dans une ligne electro hard core.

A la fois exigeants et audacieux, les français de BAGARRE signent ce qui apparaît comme un des grands album de cette fin d’année qui deviendra pour sûr un classique. Les français ont clairement une longueur d’avance sur une grande partie des groupes actuels et prouvent avec brio qu’à cinq il est possible dans un processus démocratique de produire une oeuvre majeure capable de cogner là ou cela fait mal tout en gardant une approche artistique puissante et engagée. Dessinant avec un sens du réalisme frissonnant une electro conceptuelle et fine, il trouvent dans leur fonctionnement la puissance de se renouveler avec intelligence. Ce quintet révolutionne l’approche musicale avec une maturité rare. On est sous le charme. 

Arnaud Le Tillau
arnaud.letillau@quai-baco.com


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