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Date d'ajout : 18-10-26

Chronique Blood Red Shoes – « Stay Lonely » : Notre Avis

Formé à Brighton autour de Laura-Mary Carter et Steven Ansell, le duo britannique Blood Red Shoes trace sa route depuis 2004 dans un rock alternatif qui n’a jamais cessé de se chercher. Après un album quasiment parfait en 2022, les Anglais nous reviennent avec « Stay Lonely », et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont rien perdu de leur sens de l’accroche. Dès « Start To End », mélange de pop et d’électronique saturé, la musique du duo nous enivre de son côté atypique et diablement harmonique. On se laisse prendre au jeu de ces sonorités progressivement granuleuses, jusqu’à une sortie de route des plus jouissives : le ton est donné.

Ce qui frappe d’abord, c’est cette granulosité très 90’s, ces murs de son aux guitares très étudiées et ces couplets aux harmonies fines, toujours portés vers une pop tendue et dynamique. Blood Red Shoes travaille un son qui n’appartient qu’à lui, quelque part entre pop saturée et rock électro, avec ces guitares typiques de la pop des années 90-2000 qui nous ramènent, étonnamment, du côté de Dolly sur « Get Back Into Myself », véritable résumé du groupe. Le duo joue sur le contraste avec un talent certain : des guitares sur-saturées d’un côté, une voix éthérée et des claviers planants de l’autre. Tournés vers les 90’s, les Anglais redorent, si besoin en était, le blason d’une musique qui fut un temps passée de mode, avec cette dynamique et cette lenteur tendues qui ont fait les belles heures d’Oasis, de Blur ou des Cranberries.

Il y a dans tout l’album une esthétique pop qui saute aux yeux et emplit l’espace de bonnes ondes. Tout sonne juste, et l’on y retrouve cette dynamique qui manque tant aux titres actuels. Les mélodies au long cours nous entraînent aussitôt, les constructions sont simples mais addictives, et le duo travaille la saturation, les transformations de voix et les doubles voix sans jamais tomber dans la parodie. Entre les Rémois de The Bewitched Hands, évoqués sur « Screams », et les accents d’Elephanz qui ressortent de « Two Weeks », les références s’enchaînent sans jamais écraser leur propre identité : une musique tendue et abrasive, mais jamais rugueuse, qui creuse un sillon à la fois rock et pop et n’en finit plus de nous transporter.

Ce qui nous touche, c’est cette capacité de Blood Red Shoes à se remettre en cause et à repenser son approche de la construction musicale. Le duo cultive une pop aux couleurs vives sans jamais verser dans le commercial, puise dans la pop de son pays pour transformer son rock en une pop capitonnée et tranchante, et assume un côté populaire qui ne s’embarrasse d’aucune mode. Chaque titre, de « 2020 on TV » à « Useless Sentiment », repose sur ce même socle d’une pop entraînante aux mélodies puissantes, et la richesse instrumentale nous est envoyée en pleine face. Harmonique et très ouverte, cette musique plaît par sa puissance et son large spectre.

Cette envie de se repenser passe aussi par l’expérimentation, qui s’invite plus nettement au fil de l’album. Sur « The Reader is a Deceiver », elle étonne tout en restant dans la droite ligne de la production du duo, entre culture du beau harmonique et rock parfois émacié, mais souvent riche, dans une saturation à toute épreuve. Elle s’exprime pleinement sur « Grande Valse », titre à trois temps aux sonorités éreintées et grésillantes qui mettent en valeur la voix de la chanteuse : la composition s’éteint progressivement, tel un concept qui n’en finit pas de se multiplier, et la saturation virant à l’électrocution, combinée à l’accumulation de doubles voix, nous fait penser aux regrettés Low, avec cette même capacité à émouvoir dans un rock taillé à la serpe.

Plus l’album avance, plus on est impressionné par ce nouveau sans-faute, qui ne compte aucun titre plus faible que les autres. Tout est superbement orchestré, tout fonctionne à merveille et participe d’un tout qui nous happe, jusqu’au feu d’artifice final de « Fire On Water ». La pop de Blood Red Shoes impressionne par sa pertinence rock et sa culture électro, pour un rendu puissant, aux limites de l’expérimentation, où les harmonies sont la pierre angulaire d’une pop rock orchestrale aux planants de rigueur.

Nos coups de cœur : GET BACK INTO MYSELF, SCREAMS, GRANDE VALSE, FIRE ON WATER, TWO WEEKS

Note : 9.5/10

Arnaud Le Tillau
arnaud.letillau@quai-baco.com

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