« Passion » : Nathalie Dessay embrase le Théâtre du Châtelet d’une noirceur fiévreuse !
Après A Little Night Music (2010), Sweeney Todd (2011) Sunday in the Park with George (2013) et Into the Woods (2014), Jean-Luc Choplin s’est donné pour mission de nous faire (re) découvrir le travail de Stephen Sondheim. Pour cette nouvelle saison, il présente « Passion », certainement l’une des œuvres les plus atypiques du compositeur américain.
Stephen Sondheim a retranscrit l’histoire entre la théâtralité familière d’un musical et l’extravagante flamboyance d’un opéra, créant une œuvre qui s’avère être un petit bijou lyrique. La partition enchaîne les envolées mélodiques pour exprimer, crescendo, les émotions extrêmes des personnages. Tiré du livre d’Iginio Ugo Tarchetti, écrivain italien du XIXe siècle, puis adapté au cinéma par Ettore Scola en 1981 sous le titre « Passione d’amore », « Passion » raconte l’histoire d’un bel officier qui au départ pris de passion pour sa jeune et belle maîtresse Clara va tomber amoureux d’une femme laide, violente et désespérée. L’intrigue et l’embrasement des sentiments montent crescendo à travers les échanges de lettres entre ces trois protagonistes.
Clara est belle, Fosca est laide, minée par une mélancolie maladive et sujette à de violentes crises d’hystérie . Son cousin, le colonel Ricci, qui commande la garnison du nord de l’Italie où Giorgio a été muté, veille sur elle. Fosca tombe passionnément amoureuse du jeune militaire… Dès le premier acte le rideau se lève sur une scène d’amour torride entre le capitaine Giorgio Bachetti et sa maîtresse la ravissante Clara.
Dès les premières mesures, nous voilà plongé au cœur l’intrigue de cette tragédie musicale où l’intrigue se développe dans une tension permanente entre les trois personnages principaux Giorgio, Clara et Fosca. Scène après scène, nous sommes les témoins d’une sombre et tragique histoire d’amour où la psyché malade, la douleur et la folie conduiront l’héroïne à la mort. Des toiles noires et blanches géantes scindent l’espace comme des écrans et recouvrent le plateau dénudé.
Ici le décor est sobre, sans artifice, comme pour mieux laisser transparaître la « passion » dévorante de Fosca interprétée magnifiquement par Nathalie Dessay. Durant 1h45 sans entracte, la mise en scène est réglée au millimètre comme dans un long métrage, rythmée par ces envolées de mélodies radieuses régulièrement entrecoupées des roulements de tambours nous rappelant à la réalité que l’histoire se déroule dans une caserne.
L’interprétation de Nathalie Dessay est saisissante en Fosca femme hystérique et malheureuse qui harcèle Giorgio jusque dans ces rêves et devient cet ange de la mort aux ailes déployées magnifiques. La soprano lyrique donne de la gravité à cette femme fragile qui vit sa vie par procuration. C’est joué, chanté, crié avec un tel engagement, on ne peut qu’être saisi par l’histoire tragique de son personnage Fosca. Mais bien sûr ce bel ensemble repose avant tout sur la magnifique partition de Sondheim, sur ces mélodies inoubliables. Le librettiste de West Side Story démontre une fois encore ce don certain pour les belles mélodies, les arrangements symphoniques éblouissants. On se délecte aussi de cette somptueuse chorégraphie quand la jeune Fosca raconte l’histoire tragique de sa vie qui l’aura mené à la folie.
Comédienne sensible aux histoires d’amour sentiments extrêmes Fanny Ardant signe une mise en scène très sobre invitant le spectateur à se concentrer sur le jeu et la musique. Si on ajoute à cela les décors noir et blanc de Guillaume Durrieu , les magnifiques costumes d’époque de Milena Canonero et une direction d’orchestre confiée à Andy Einhorn, on ressort hypnotisé, pris par le charme vénéneux de cette belle production. Et comme le dit Fosca « Mourir aimée, c’est avoir vécue ».
Du 16 au 24 Mars 2016 – Théâtre du Châtelet. Place du Châtelet, 1er. Tél. 01 40 28 28 40. A 15h00, 16h00 et 20h00. De 25 à 89 €.
Jean-Christophe Mary




































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