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Date d'ajout : 01-07-20

Ezechiel Pailhès – « Oh ! »

Moitié du duo Nôze, Ezechiel Pailhès nous revient avec un 3ème album solo qui le voit mettre en musique des poèmes d’Hugo ou de Shakespeare. Dans une poésie électronique qu’il réussit à rendre parfaitement abordable, le français nous compte le romantisme avec un soin impressionnant et une technique sans faille. Ce « Oh! » est une pépite électronique qui fait se rencontrer les grands auteurs et la composition electro pour un tout addictif et dépoussiérant. 

Ezechiel Pailhès - "OH" : La chronique

Sur un background épuré et low-fi, le français dessine un premier titre « J’aimerai tant » qui n’en finit pas de nous entêter par son approche harmonique. Multipliant les bonnes idées en mêlant les mélodies, il esquisse une chanson française extrêmement moderne qui ne cesse de nous interpeller par son esthétique sobre et tranchante. On se laisse prendre au jeu de cette electro aux sonorités riches mais à l’instrumentation extrêmement sobre qui donne au tout une proximité folle. Ezechiel Pailhès n’a pas son pareil pour nous faire frissonner dans une composition sur le fil nous donnant à voir un mélange des genres qui fonctionne à merveille.

Chez le français, l’electro est une seconde nature qui vient habiller avec goût une prose ciselée. Digne héritier d’un Etienne Daho, le français nous emporte dans un mélange superbement travaillé qui le voit utiliser avec un sens rythmique rare une electro pour mieux mettre en avant un texte de Shakespeare sur le très beau « Bien certain ». Jouant du rythme d’une electro ronde et entrainante, il s’amuse à poser des textes étourdissants avec parcimonies sur un background qui n’en fini pas de nous faire danser. On se laisse prendre au jeu du chaud froid qui fonctionne à merveille. Travaillant une noirceur éclatante dans chacune de ses compositions, Ezechiel Pailhès n’a de cesse d’aller toujours plus loin dans ce mélange à priori contre nature qui dans ses mains devient indispensable et nous tourne la tête.

Que ce soit Hugo « Oh! Pourquoi te cacher ? » ou Marceline Desbordes-Valmore  sur « Sans l’oublier » , il y a une sincérité folle dans ses choix de texte. L’instrumentation et les bruits alentours amènent une ambiance de bienveillance qui nous colle aux tripes. Jouant sur un couplet monotone et linéaire et un refrain chaleureux, le français nous embarque avec une célérité rare dans un univers sobre. Il y a dans cette musique une sorte de rudesse enivrante, de force fragile qui nous fait frissonner.  Construisant chacune de ses compositions comme un patchwork d’electro et de pop pointue, Ezechiel Pailhès sidère par sa capacité d’adaptation qui n’en finit pas de nous surprendre.

Rappelant les compositions d’un Vincent Delerm sur le romantique « Sans l’oublier » ou Alex Beaupain sur l’introductif « J’aimerai tant » , Ezechiel Pailhès résume avec soin une atmosphère policée et diablement envoutante qui nous met de suite les poils. Loin de se cantonner à dépoussiérer des textes perclus d’histoire, le français n’a pas son pareil dans une approche instrumentale lorgnant du côté de l’expérimentation. Ainsi sur « Wolf 359 », travaillant avec finesse une partition piano alambiquée et sobre le français nous fait voyager dans une esthétique sonore impressionnante. Se plaisant à creuser sa création , se mettant parfois en danger, Ezechiel Pailhès réussit à faire vivre son univers avec brio. Etincelant de mille feux sur ce titre à l’instrumentation qui n’en fini pas de nous chambouler, il fait se rencontrer classique et electro dans un tout puissamment sincère.

Ce « Oh! » interpelle et nous surprend à plus d’un titre. Par son approche homogène, par ses sonorités rondes et travaillées, par cette voix qui ne cesse de nous hanter, Ezechiel Pailhès n’a de cesse de nous transmettre une sorte de magie féérique entre le rêve et la réalité qui s’adapte parfaitement à cette période troublée. On se laisse prendre au jeu de ces compositions aux senteurs calculées qui viennent nous cueillir dans une sorte de pop electro vintage frissonnante. Dialoguant avec des monstres littéraires, il donne à ces textes une nouvelle jeunesse et nous sensibilise à l’intemporalité de ces écrits toujours d’actualité. Bien que produisant une électro pointue, il n’y a à aucun moment dans la musique du français cette froideur clinique que l’on peut voir chez certains artistes electro. Non chez le français tout est chaleur quelque soit le style. Impressionnant de vigueur sur des titres où les sonorités n’en finissent pas de nous entêter par leur capacité à mêler danse et beauté mélodique, le français , avec panache, transforme sa chanson française en un objet non identifié qu’on se presse d’écouter.

Arnaud Le Tillau
arnaud.letillau@quai-baco.com


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