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Date d'ajout : 08-01-22

Odezenne – « 1200 mètres en tout » : La Chronique

Trio à part dans le marché musical français, Odezenne promène son style atypique depuis plus de 10 ans. Ce 3ème album studio intitulé « 1200 mètres en tout » voit le groupe une fois de plus évoluer dans son approche artistique. Dernier album enregistré dans le studio des débuts, cet opus nous entraine dans une chanson française qui ne dit pas son nom. Cultivant une électro précise et sobre, les bordelais y intègrent des textes synthétisant 2 années complexes et sombres. 

C’est dans un rap doux et poétique que les français ouvrent le bal avec « Mr Fetis » . Sur une musique à la monotonie un peu passée, le trio propose un texte ciselé à la structure hyper précise. Véritable synthèse d’une musique à la complexité parcellaire, ce premier titre pose le décor d’un album naviguant entre rondeurs et aspérités. Mêlant textes à la poésie folle et instrumentation brusque et violente, Odezenne dénote dans une production musicale souvent standardisée. De leur voix douce et monotones sur un titre comme « Candi », les français dessinent un mélange exquis entre pop et rap qui donne à voir des artistes capable de sortir des cases pour mieux nous toucher de leurs textes universels.

Dans un approche très romantique et désuète au niveau des textes ponctuée de flash de notre époque, Odezenne nous sert des titres fleuves aux rimes contrastées. Le résultat sur « Palavas-les-flots » donne une impression de vintage à la page qui nous plait beaucoup. Dans des textes syncopés, les français ne cherchent pas à construire le plus beau flow mais préfèrent ne garder que l’essentiel. Le résultat est un rap condensé et affiné à l’essence puissante « Bitch ». Creusant une électro assez parcimonieuse, ils basculent parfois dans une pop un peu transparente.

Revisitant la chanson d’amour dans une pop à l’électronique frappée, les français réussissent à instiller une atmosphère unique dans « Caprice » relatant le combat contre le cancer de la soeur d’Alix Caillet. Dans une musique à l’électro rutilante, les français déversent avec flamboyance un rap aux textes précis qui fonctionne à merveille. Il faut du temps pour rentrer dans cet univers peuplé d’auto-tune et de mélodies simplistes mais une fois dedans il est difficile d’en sortir tant l’approche musicale unique nous enivre de sa précision.  Avec « Svengo » le trio s’attache au passage à l’âge adulte au travers de l’arrivée d’un enfant. Alignant un texte magnifique et une instrumentation à la douceur éthérée, le titre apparait comme le plus réussit de l’album. Créant un contraste amusant entre attitude rap plutôt virile et texte poignant sur l’attente d’un enfant, Odezenne touche du doigt ce qui fait leur spécificité. 

Audacieux sur « Mamour » tout en saturation et en délicatesse ou beaucoup plus pop sur un « Garnement » à la mélodie rappelant beaucoup Hoshi, le trio n’en finit pas d’aligner les pépites musicales tout en gardant cette capacité à toujours innover. Renversant les codes pour mieux imposer leur approche d’une musique qui ne souffre d’aucune case, Odezenne souffle le chaud et le froid sur un « 1200 mètres en tout » puissant. S’éloignant du principe de la punchline cher au rap, le trio nous enivre d’une prose poétique aux reflets tranchants. 

Brutale et intransigeante, la musique d’Odezenne réussit à poser une poésie tranchante sur une instrumentation sans concession. On se laisse entrainer dans cette puissance entre rap et pop qui nous cloue de son audace textuelle. Loin des canons du genre Odezenne nous propose une atmosphère brutale et consistante. Précis dans leur instrumentation, les bordelais ne font pas dans la surenchères mais préfèrent une musique à la complexité douce qui enveloppe parfaitement cette poésie grand siècle qu’ils n’ont de cesse de moderniser. 

Note : 8.0/10

Arnaud Le Tillau
arnaud.letillau@quai-baco.com


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