/// CHRONIQUES
Date d'ajout : 24-03-21

Mustang – Memento Mori

Formé en 2006, Mustang fut dès ses début une sorte d’ovni dans le paysage musical français. Connu pour leur dégaine des années 50 et leur approche très rockabilly, la bande de Jean Felzine n’en finit pas de se transformer au fur et à mesure de ses albums. Une fois de plus c’est dans un « Memento Mori » éclaboussant de talent que les français nous reviennent plus en forme que jamais. Dans un opus à la violence de mise, le trio clermontois prend sa revanche sur une intelligentsia qui a vu dans ses artistes une mode qui vite disparaitrait. Loin s’en faut. Avec ce nouvel opus les clermontois s’installent durablement dans le paysage français et c’est tant mieux!

Démarrant dans un mélange entre rockabilly et variété des années 80 sur « Loyal et Honnête » , l’atypie des clermontois nous saute de suite à la gorge dans un premier titre qui à lui seul met en avant l’anachronisme addictif du groupe. Travaillant un véritable songwriting dans une musique grave et sautillante, les français nous récompensent d’une composition extraordinaire par son audace. On découvre un mélange qui nous semblait contre nature et qui dans les pattes du trio fonctionne à merveille. Petit à petit, on rentre dans l’univers unique des clermontois fait de rock sombre sur le fond et de pop brillante sur la forme.  Transpirant une déception des premiers temps cet album multiplie les tracks au second degré revanchard. Que ce soit sur ce premier titre sur la perte généralisée des valeurs, ou sur « Fils de machin » voire « Pas de Paris » , la bande de Jean Felzine met en avant le désenchantement d’un jeune groupe venu de province et découvrant les affres et la violence d’un monde musical parisien. 

Dessinant une société au clivage réel et dangereux, les français n’hésitent pas à mettre en lumière ces inégalités dans des titres au second degré tragi-comique qui fonctionnent parfaitement. Ainsi volontairement cyniques ou méchants  sur « Pôle Emploi / Gueule de Bois » à la puissance sans équivoque, Mustang nous colle contre le mur grâce à un texte extrêmement fort et ancré dans une réalité triste et désespérante. Les français n’ont pas leur pareil pour décrire une société inégalitaire et nous en mettre plein la vue au travers d’une composition qui fera date par sa capacité à révéler une misère sans détourner le regard. Mustang chante le désespoir et la chute sans fard. Le trio met sa langue crue au service d’une réalité que beaucoup n’osent pas voir ou ignorent. Avec les clermontois la misère se fait jour et apparaît dans ses plus vils atouts.

Reprenant en français dans le texte le titre « A Mansion On The Hill » de la légende Hank Williams, Mustang s’inscrit pleinement dans ce courant à la country du terroir, n’en déplaise aux biens pensants du marché musical français. Ils confirment ainsi avec brio leur éloignement d’une musique à la mode pour notre plus grand plaisir et nous proposent un album posant leurs tripes sur la table avec une sincérité qui fait un bien fou. Proposant un folk des origines revu et corrigé à la moulinette Mustang, les français confirment leur talent.

Dans une langue abrupte et violente, Jean Felzine dessine sur le très bon «Pas cher de la nuit» l’insomnie qui nous terrasse et nous transporte sans possibilité de recours dans un cauchemar éveillé. Noir dans son approche d’un rock grave et lourd, cette composition voit un groupe transcender son style pour une violence sèche et brutale qui nous entraine dès les premières notes dans une addiction dure. On est comme happé par ce mélange rock électro qui fonctionne à merveille. On est étourdi par l’érudition du texte et la puissance de l’instrumentation qui complète pleinement une composition audacieuse et dantesque dont on ne sort pas indemne. Mustang touche du doigt une perfection mélange de rock et de chanson française sur ce titre qui nous renvoie au meilleur des Noirs Désirs envenimés et puissants.

Depuis 10 ans la bande de Jean Felzine remue son rockabilly électro et continue à chaque fois de nous surprendre de ses sonorités atypiques. Album bricolé à droite et à gauche selon leurs propres dires, ce « Memento Mori » remet les pendules à l’heure et clame au et fort que le groupe n’a clairement pas dit son dernier mot en apparaissant sous un nouveau jour. S’emportant dans une musique qu’on ne saurait pas classer tellement elle brouille les codes, Mustang fait du Mustang comme à une époque les Rita Mitsouko faisaient du Rita Mistouko. Cultivant un atypisme qui n’existe nulle part, le trio propose un nouvel album au rock personnel et intemporel.  Bondissant dans leur composition, la bande de Jean Felzine trouve son chemin entre textes chaotiques et revanchards. Impressionnant !

Arnaud Le Tillau
arnaud.letillau@quai-baco.com


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