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Date d'ajout : 10-05-12

Serge Gainsbourg invite ses collègues chez lui

Serge Gainsbourg - Quai Baco

Serge Gainsbourg naît Lucien Ginsburg le 2 avril 1928 à Paris.

Ses parents, Joseph Ginsburg et Olia Bessman, sont d’origine russe. Lucien a une soeur jumelle, une cadette et un grand frère mort d’une pneumonie à 16 mois.

Le père de Lucien est un artiste accompli : peintre et pianiste à la mode dans les grands cabarets parisiens.

C’est avec lui que le petit Lucien découvre le piano. C’est l’époque de l’école communale Rue Blanche, du IXe arrondissement et des disques de Charles Trenet, son chanteur favori. La guerre est encore loin de mettre au chômage son père, juif ashkénaze.

Il ne fait pas bon d’être juif

En 40-41, alors en 5ème à l’école de Condorcet, le jeune Lucien se souvient des allusions douteuses de son prof quant à ses origines. C’est aussi l’année où il développe un talent certain pour le dessin et la peinture. Son père l’inscrit dans une académie de peinture à Montmartre. Il y suit les cours de Camoin et Jean Puy, deux peintres postimpressionnistes et reste très marqué par les premiers modèles féminins.

Quelques mois plus tard, il tombe gravement malade. Très affaibli, il est incapable de se lever et reste couché de nombreuses semaines. Les médecins qui se suivent au chevet de Lucien ne parviennent pas à diagnostiquer ce qui s’avère être une péritonite tuberculeuse, une maladie mortelle à 99% à l’époque. C’est le professeur Robert Debré qui, in extremis, met un nom sur la maladie. Il envoie aussitôt le corps rachitique de Lucien en cure à la campagne. C’est dans la Sarthe, à Courgenard, que Lucien se refait une santé pendant six mois.

Il revient à Paris en 1942. Il est inscrit en 3ème à l’école privée Du Guesclin, dans un quartier populaire où sa religion importe peu, malgré l’étoile jaune brodée sur ses vêtements. Les mathématiques ne sont pas son fort mais Lucien se passionne pour la poésie de Catulle ou les grandes conquêtes de Jules César.

Sa timidité, en revanche, ne s’arrange pas. Le moindre contact avec des inconnus est insurmontable. Cette timidité excessive le hantera jusqu’à ses trente ans et ce jour où il laisse s’envoler le mouchoir sur lequel il a tant pleuré.

Cachettes et zone libre

La guerre fait rage et avec elle, la chasse aux Juifs de France. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Joseph Ginsburg, passe en zone libre. Il rejoint Nice à pied et travaille dans la région pendant dix-huit mois. Pendant ce temps-là, Olia et ses enfants restent seuls à Paris alors que les rafles se font plus proches. L’oncle de Lucien est ainsi envoyé à Auschwitz, il n’en reviendra pas.

Dans les premiers mois de 1944, Joseph, alias Jo d’Onde, s’est refait une vie en sécurité du côté de Limoges. C’est le temps pour lui de faire venir sa famille sous un nouveau nom : les Guimbard. Lucien est envoyé au collège de Saint-Léonard-de-Noblat, à 20 km de Limoges. Cette nouvelle séparation est une expérience encore traumatisante pour le timide jeune homme de 16 ans.

Si les Guimbard entrent en garde à vue pendant 48 heures avec l’interdiction de quitter Limoges, la famille s’enfuie près de Saint-Cyr le temps que les Alliés libèrent Paris le 25 août.

Elle peut alors se réinstaller dans la capitale où elle retrouve son appartement. Tout est bien qui finit bien.

Retour à la normale : l’art

Les difficultés de la guerre derrière eux, les Ginsburg reprennent une vie normale. Lucien est encore scolarisé à Condorcet où ses résultats sont catastrophiques. Seuls le français, la littérature et la poésie semblent l’intéresser. Parmi ses camarades de classe, un certain Gérald Biesel, futur Frank Gérald et parolier de Michel Polnareff.

Si Lucien refuse de passer son bac, il poursuit sa formation à l’académie de peinture de Montmartre pour suivre les traces de son père. Il s’inscrit aussi aux Beaux-Arts.

Là encore, le nu et les modèles féminins ne le laissent pas indifférent. Le sexe devient presque une obsession et Lucien finit par aller voir une prostituée.

En 1945, les Ginsburg déménagent avenue Bugeaud, dans le XVIe. Lucien y installe son petit atelier sous les toits. Il se met à la guitare avec beaucoup d’abnégation et se retrouve à jouer un peu de tout dans les bals, les rallyes, les noces ou les bar-mitzvahs.

Sa première muse

Au printemps 1947, Lucien rencontre Elisabeth Levitsky à l’Académie. C’est une fille d’aristocrates russes immigrés comme lui, mannequin et secrétaire du poète surréaliste Georges Hugnet. Bref, elle a tout pour plaire à Lucien. Tous les deux passent quelques nuits dans le richissime appartement de Dali.

En septembre, il s’inscrit à l’Ecole normale de musique Alfred Cortot pour y suivre les cours de solfège et d’harmonie. Ça a l’avantage de reculer de quelques mois l’échéance du service militaire.

Pourtant, il n’échappe pas à l’armée. En novembre 1948, il est incorporé à la caserne Charras de Courbevoie. C’est là qu’il développe un penchant prononcé pour l’alcool.

A l’issue de son service militaire, en 1949, Lucien retourne à la peinture, à la musique et emménage avec celle qu’il surnomme Lise, ou Lili. Leurs voisins ne sont autres que Madeleine et Léo Ferré.

Il épouse Elisabeth Levitsky le 3 novembre 1951.

La musique comme métier

La mariage coïncide avec un abandonnement progressif de la peinture. Lucien s’investit davantage dans la musique. Il renoue avec les bals et autres petits cachets en tant que guitariste ou pianiste.

En 1954, il remplace son père au Club de la Forêt, au Touquet, pendant les vacances. Il dépose aussi six chansons à la SACEM dont deux seulement seront sauvées de l’oubli : « Défense d’afficher » chantée par Pia Colombo en 1959 et « Les amours perdues » qu’il offre à Juliette Gréco en 1961.

En 1955, il devient pianiste-guitariste au cabaret « Milord l’Arsouille ». Il accompagne Michèle Arnaud.

C’est en 1956 qu’il décide de changer de nom. Il choisit Serge Gainsbourg pour garder une connotation russe.

Il rencontre Boris Vian, auteur-compositeur, écrivain et trompettiste de jazz, peu après avoir choisi un pseudonyme de scène. Cette rencontre a le don de faire naître chez Serge le goût pour la composition. Il partage l’humour et le sens de la dérision de son mentor, ce qui lui donne un peu plus de confiance pour écrire et chanter ses propres textes.

Il travaille dans le secret de son appartement jusqu’au jour où, en 1957, Michèle Arnaud et Francis Claude, le directeur du Milord l’Arsouille, s’invitent chez lui pour découvrir les toiles de leur collègue. Sur le piano de l’appartement, Michèle Arnaud découvre une partition : « Défense d’afficher » – paroles et musique de Serge Gainsbourg. Pressé par ses amis, Serge chante et joue cinq chansons qui s’avèrent être cinq chefs-d’oeuvre.

Dès le lendemain, le directeur du Milord pousse Serge à monter sur scène pour interpréter son propre répertoire. Il y chante tous les soirs jusqu’en juillet 1958. Il ne tarde pas à se faire remarquer. Yves Montand lui propose d’être son auteur ou son compositeur. Gainsbourg refuse en répondant vouloir tout faire, de la composition à l’interprétation.

Une sage décision puisque quelques semaines plus tard, Denis Bourgeois, qui travaille pour le directeur artistique, Jacques Canetti, lui propose d’enregistrer une maquette. Il signe dans la foulée chez chez Philips, un label qu’il n’a jamais quitté de toute sa vie.

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