/// CHRONIQUES
Date d'ajout : 28-04-17

Oren Lavie – « Bedroom Crimes »

Difficile de mettre Oren Lavie dans une case. Artiste complet, ce jeune israélien est auteur, compositeur, producteur, metteur en scène, réalisateur… Premier album en 2000, premier clip en 2009 couronné par une nomination aux Grammy Awards, le natif de Tel Aviv a la bougeotte et vit pleinement de son art. Sobre et élégante, sa pop cristalline inonde ce nouvel album de ses bonnes ondes.

Piano en avant, voix entremêlées, dès le premier titre « Did You Really Say No », Oren Lavie compose avec grâce et réussît à fondre sa voix suave avec le grain si délicat d’une Vanessa Paradis tombée sous le charme de l’artiste. On est vite aspiré par le charisme de cette musique qui n’en demande pas tant. Mêlant puissance classique et sobriété électro sur des compositions au tempo lent, Oren Lavie tisse sa toile pop entre solidité et délicatesse.

On se laisse porter par cette voix grave et granuleuse sur une instrumentation feutrée qui s’envole comme par enchantement sur un refrain lent et frissonnant « Breathing Fine ». Cette grandiloquence sous cloche qu’il instille dans la plupart des titres de cet album nous fait frissonner. Mélancolique à souhait la musique d’Oren Lavie puise sa force dans une atmosphère mêlant mystères et mélodies riches. Jouant la carte de la musique cinématographique enchaînant les parties éblouissantes et les couplets intimistes, l’israélien imprime rapidement sa marque.

Il y a dans la musique d’Oren Lavie, ce folk triste peuplé de mélodies somptueuses. On retrouve sur « Bedroom Crimes » une âme, une sorte de grain intemporel qui ne cesse de nous ravir. Très Eels dans cette approche simple et nonchalante d’une pop désuète et diablement mélancolique, il nous emporte dans une électro pop douce mais absolument pas mièvre. On est vite figé par ce talent brut qu’il réussit à imposer sur la plupart de ses compositions. Multipliant les bonnes idées, Oren Lavie compose des titres au remuant lent et au swing certain. Entrecroisant les nappes de synthés et les guitares électriques solos, il parvient à nous emporter dans des morceaux au long court posés sur une base feutrée et diablement addictive.

Sur la suite des « Sonata Sentimental », Oren Lavie construit méthodiquement des titres profonds, graves et à la solennité foudroyante qu’il cultive avec beaucoup de grâce. On est vite immergés par ce côté noir et blanc, cette approche ancienne et si délicate d’une pop posée qui ne dit pas son nom. S’essayant parfois à une pop 80’s « Look at her go » ou à une approche crooner « Note to self », il n’est jamais meilleur que dans une sobriété affichée et assumée.

Le propre d’Oren Lavie est cette capacité à mélanger électro pointue et piano solo dans un mélange subtil et détaché qui nous enivre follement. Puisant dans une pop vintage des sonorités chaudes, Oren Lavie s’amuse à y adjoindre la froideur solennel d’un piano ou d’une électro tranchante. Sans précipitation, il construit un album au spectre large mais à la couleur précise et feutrée. Creusant une pop grave tout en gardant un dynamisme à la légèreté de façade, Oren Lavie puise dans le classique et ses nuances pour mieux découper une pop dentelée.

Arnaud Le Tillau
arnaud.letillau@quai-baco.com


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