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Date d'ajout : 15-03-12

Bernard Lavilliers rencontre Francis Dreyfus en discothèque

Bernard Lavilliers - Quai Baco

Bernard Lavilliers naît Bernard Ouillon le 7 octobre 1946. Il grandit dans un grenier mansardé du centre-ville de Saint-Étienne. Maman est institutrice et papa, d’origine tzigane, ouvrier dans une manufacture d’armes.

C’est la solidarité des camarades d’atelier et des copains résistants pendant la seconde guerre mondiale qui permettent au père de subvenir aux besoins du petit Bernard et de ses trois frères et sœurs.

Malgré une difficulté financière prononcée, Bernard Lavilliers garde un bon souvenir de son enfance. Il se rappelle les rythmes afro-cubains et les mesures de jazz battues par son père sur la table de la cuisine.

En 1950, Bernard a quatre ans quand ce même père ramène un phonographe à manivelle à la maison. Les deux premiers 78 tours en cire de la famille, ce sont les Compagnons de la Chanson et Yma Sumac, la célèbre voix d’Amérique latine.

Il n’y a ni télé, ni radio à la maison. Le soir, on se parle beaucoup et on finit par écouter les disques sur le phonographe.

« Tout môme, je chantais beaucoup. J’ado¬rais ça. J’avais une jolie voix, je chantais ‘’Le Galérien’’, dans les repas de famille. Car, à l’époque, tout le monde chantait. Et on répétait à la maison ! C’est assez marrant d’ailleurs. Je devais avoir six ans et mon père me disait: ‘’Quand même, tu exagères! T’es un peu précoce…’’ Sûrement que je l’étais. » (Chorus, hiver 2004-2005)

L’école buissonnière

A 7 ans, le petit Bernard est malade. Il souffre d’une congestion pulmonaire qui nécessiterait d’être soignée dans un sanatorium. Mais la famille ne roule pas sur l’or et l’opération est au-dessus de ses moyens.

« Le toubib a voulu m’envoyer au sana. Mais mes parents ont préféré déplacer toute la famille à La Fouillouse, un tout petit bled sur les hauteurs de St-Etienne. Pour aller à l’école, il me fallait faire trois kilomètres à pieds tous les matins. Alors je prenais le chemin et je n’y allais pas. J’avais huit ans et je passais toutes mes journées dans les bois, avec ma gamelle de midi. » (La Provence)

Un seul professeur réussit à apprivoiser Bernard le solitaire. « Lui, c’est un artiste », témoigne-t-il à sa mère. Il lui fait découvrir les poètes comme Philippe Soupault, Robert Desnos et Tristan Tzara, qu’il mettra en musique plus tard.

Bernard a 12 ans quand la famille redéménage pour s’installer dans une cité HLM de Saint-Étienne. Il est inscrit au collège public, mais ne s’y rendra qu’une fois, le premier jour.

Bernard est complètement inadapté au milieu scolaire. Il se fait virer de tous les établissements où ses parents tentent de l’inscrire.

Il passe son temps soit avec les copains dans la rue, soit à la maison à écouter les disques de papa ou lire les plus grands poètes avec sa mère. Jacques Prévert, Boris Vian, Roger Vailland, Francis Lemarque et Louis Aragon marquent le petit Bernard qui n’est définitivement pas insensible à l’art.

La période blouson noir

En 1959, à 13 ans, Bernard se met à la boxe. C’est l’époque où sa marginalité s’exprime par la violence. Il est à la tête d’une bande de blousons noirs qui fait parler d’elle dans les journaux. Avec elle, les virées à Lyon réunissent l’alcool, la drague et la baston.

C’est grâce à cette bande de p’tits cons que Bernard découvre le rock’n’roll et les chanteurs-voyous comme Vince Taylor.

Autre idole, autre voyou : tonton a une grande emprise sur le jeune Bernard. Sauf que cet oncle en question est aussi connu sous le nom de Tony le Stéphanois, un caïd dans le milieu. Pendant 6 mois, Tony s’occupe de Bernard à Paris. Il lui apprend le métier et ses combines ; il le fait aussi rencontrer des gars comme Emile Buisson et Pierrot le Fou.

« C’était des bandits, mais j’admirais leur façon de faire la fête, leur élégance avec les femmes, et leur pied de nez permanent à la mort. » (Télérama, 16/11/1994)

Ce qui devait arrivé arriva, Bernard se retrouve impliqué involontairement dans un braquage. Son père, ulcéré, le colle alors en maison de redressement à Roanne, en 1960. Il y passe presque deux ans à subir les humiliations des gardiens et à encaisser les coups des autres détenus. C’est une période difficile pour Bernard qui est le souffre-douleur de toute la maison de redressement.

Derrière tout cet anéantissement psychologique, l’enfermement a du bon. Bernard profite de la solitude pour découvrir Baudelaire, Apollinaire et s’essayer à l’écriture. Ce sont ses seuls moyens d’évasion.

La reconstruction autour de la musique

Il a seize ans lorsqu’il sort de la maison de redressement. C’est un jeune homme meurtri, solitaire et révolté. Quelque chose s’est brisé en lui.

Il retourne dans sa banlieue pourrie pour pointer à l’usine, astreinte judiciaire oblige. Il y retrouve ses copains d’enfance auprès de qui il devient un véritable héros.

C’est à cette époque qu’il se met à apprendre la guitare. Il commence à jouer et chanter pour eux. Son premier public, c’est l’usine.

Bernard prend confiance en lui musicalement et participe aux après-midi cabaret organisés par les amicales laïques locales. Ses chansons sont teintées de rancœur et d’anarchie.

À 17 ans, il adhère au parti communiste de ses parents.

Il commence à jouer dans les bars pour se faire un peu de sous. Son répertoire favori : Boris Vian, Mac Orlan, Georges Brassens et Léo Ferré.

(Dés)Ordem e Progresso

En 1965, après avoir eu une révélation devant le film « Orfeu Negro », il décide de tout quitter pour partir vivre au Brésil, le pays du bonheur selon lui.

« On me disait que j’étais fou d’abandonner la petite sécurité de l’usine, pour choisir l’insécurité absolue des voyages. Je peux te dire que, pendant ces années-là, le gars qui travaillait en usine était beaucoup plus peinard que moi. » (Bernard Lavilliers, Itinéraires d’un aventurier, Dominique Lacout, 1998 )

Bernard débarque à Rio sans un sou et sans parler un mot de portugais. Il cherche en vain du travail sur les quais du port, mais n’y parvient pas. Il décide alors de tenter sa chance dans une autre ville : Salvador de Bahia.

Sur place, il rencontre un type aussi louche que le bar dans lequel il se trouve. Ce gars-là a besoin d’un convoyeur pour surveiller les transports de bois précieux dans le Nord du Brésil. Bernard accepte et se retrouve à piloter des camions entre São Paulo et le Salvador, un pistolet dans la boîte à gants.

C’est au Salvador qu’il découvre la bossa-nova puis Geraldo Vandre, un guitariste-chanteur reconnu qui excelle dans ce style musical. Les deux hommes sont pourchassés par la junte fasciste qui n’aime pas les idées subversives des deux acolytes.

Le dur retour à la réalité

Pour échapper aux autorités militaires, Bernard Lavilliers fuit le Brésil en 1966. Sa curiosité le pousse à visiter les Caraïbes, le Mexique, les États-Unis et le Canada avant de rentrer en France.

Il a alors 20 ans. Et l’armée française n’apprécie pas que Bernard ait échappé au service militaire. Il est donc envoyé dans un bataillon disciplinaire en Allemagne puis à la forteresse de Metz.

Comme en maison de redressement, il profite des moments de calme pour écrire des textes où il expulse sa rage et sa révolte.

Paris, la Contrescarpe et les premiers 45 tours

À sa sortie de prison, il rencontre sa première femme qui lui donne une petite fille : Anne-Laure.

Il a 21 ans et une famille à nourrir. Pour gagner de l’argent, on ne change pas une formule qui marche. C’est en chantant Boris Vian et Léo Ferré dans les bars de Sainté que Bernard Lavilliers gagne modestement sa vie.

Il finit par monter à Paris pour espérer se faire un nom. Il fréquente des amis comédiens et musiciens à la Contrescarpe et, de fil en aiguille, dégote des petits contrats dans les cabarets parisiens.

Un jour, Jean-Pierre Hébrard, le directeur artistique de la maison de disques Decca, le remarque et l’invite au bureau. À la grande surprise de Bernard, la maison de disques lui propose de réaliser un 45 tours.

Il enregistre coup sur coup trois 45 tours dans la même année. « Rose-rêve », « Saint Germain bidon bidon », « Le marché blanc », « Chanson pour ma vie » figurent sur le premier, sorti en février. Le second suit quelques semaines plus tard avec « La frime », « Le feux d’artifice », « Pauvre Rimbaud » et « Quand ma plume ». Enfin, un troisième 45 tours voit le jour en septembre. On y retrouve « La dernière bouteille », « L’oiseau de satin », « Paris redingote de plomb» et « Légende ».

Trois 45 tours dans la même année et un album regroupant tous ces titres, est-ce le début d’une carrière ? Non, le public n’est pas au rendez-vous. Bernard Ouillon, devenu Bernard Lavilliers pour des raisons commerciales, sort un album dans l’indifférence générale.

Retour à la galère

Le succès le fuit. Bernard se pose alors des questions. Il hésite même à percer dans la boxe ou à vivre comme un gangster. Finalement, il opte pour la restauration en saisissant l’opportunité d’ouvrir un établissement à Marseille en mai 1968. Le Sanchialo Corsu est loin de faire le plein, Bernard arrête l’idée assez rapidement. Il persévère néanmoins en ouvrant deux bars sur le Vieux-Port et cette fois, l’entreprise semble marcher.

En 1969, il quitte Marseille pour tenter à nouveau l’aventure musicale à Paris. Il retourne à la Contrescarpe et renoue avec les petits cachetons, la manche et les cabarets. Il y rencontre Évelyne, qui devient rapidement sa femme et lui donne une fille, Virginie, le 25 juin 1971.

La vie de famille est très précaire. Bernard multiplie les petits contrats pour gagner sa croûte. On le voit à la Cour des miracles à Bordeaux, à la Grande Java à Marseille, au Caveau des Trinitaires à Metz, etc. C’est d’ailleurs à Metz qu’il fait la connaissance de Michel Martig, un jeune éducateur pour drogués et délinquants qui devient son manager.

Mais la chanson ne nourrit toujours pas Bernard qui est obligé de faire la manche en Bretagne ou de multiplier les petits boulots un peu partout. Jusqu’au jour où il rencontre Francis Dreyfus dans une discothèque parisienne, le Discophage. Le patron de la maison de disques Motors lui propose un contrat en octobre 1971. Bernard Lavilliers sort son premier véritable album l’année suivante. « Brazil 72 » mélange l’amour, la politique, la mort et remplit les salles, malgré l’absence de promotion.

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